Dessiner sans savoir dessiner

Dessiner sans savoir dessiner - Ancre

Dans l’enfance, dessiner fait partie de l’apprentissage. Si l’enfant en a envie, il ne se fait pas prier, sans même se demander s’il est doué ou si son dessin vaut quelque chose. Ce n’est pas la question. Ce qui compte, c’est de prendre du plaisir. À l’âge adulte, d’autres activités ont généralement remplacé le dessin. Ainsi va la vie. Par contre, demandez à un adulte de dessiner quelque chose, et pas pour créer une œuvre artistique, mais simplement pour matérialiser un concept ou une idée, il est probable que vous ayez pour réponse : “je ne sais pas dessiner”. En toute objectivité, il est probable qu’il ne savait déjà pas dessiner enfant (je rentre aussi dans cette case). L’inhibition et la conscience de la qualité supposée de sa création se sont développées au fil des années. Cette réaction est dommage, c’est passer à côté d’une activité sympa et surtout bénéfique pour ses capacités cognitives. Voici un petit article pour se motiver à s’y remettre.

Éloge de la nullité

Être bon ou talentueux dans un domaine s’accompagne souvent d’une pression interne, externe, ou les deux, pour maintenir un certain niveau, ou même s’améliorer. S’il ne s’agit pas d’une activité professionnelle, la tentation d’essayer d’en vivre peut venir vous titiller avec plus ou moins d’insistance. Par contre, si vous êtes nul, point de pression sur les épaules. Votre dessin est raté ? Et après ? Sourire, fermer son carnet et c’est terminé. Si à force de pratiquer, vous vous améliorez, super, et si ce n’est pas le cas ce n’est pas la fin du monde. Pas d’inquiétude non plus vis-à-vis des IA entraînées illégalement, ce n’est pas avec vos dessins qu’elles vont s’améliorer. Surtout qu’elles n’ont pas accès à vos carnets… Je reviendrai plus bas sur ce point. Tout cela pour dire que le chemin est plus apaisé quand n’avons pas d’attentes démesurées, pas d’attentes autres que juste prendre du plaisir en gribouillant ce qui vous passe par la tête.

Gribouiller plutôt que dessiner

Quand il est question de dessin, notre esprit imagine tout de suite des œuvres d’art qui respire le talent, aux lignes nettes, à la perspective maîtrisée et au style maîtrisé. C’est très beau et c’est un résultat que la quasi-majorité de la population n’atteindra jamais. Heureusement, il n’y a pas de permis de dessiner à valider pour se lancer. Personnellement, je ne dirais pas que je dessine, plutôt que je gribouille, que j’esquisse, que je croque à gros traits. Je gribouille le monde qui m’entoure, animé ou inanimé, ce qui me vient à l’esprit, le concret comme l’abstrait, des formes, avec une intention ou spontanément. J’utilise autant un crayon à papier (mais ne me demandez pas d’expliquer les différents types et les codes dessus) qu’un stylo classique. Quand je suis au bureau, j’emprunte les Sharpie qui traînent ici et là. Par de couleurs par contre… Mais que cela ne vous freine pas si vous souhaitez en mettre. Toujours est-il que je ne me mets pas la pression. Je “dessine” quand j’en ai envie, quelques minutes. Quelques minutes à ne pas regarder mon téléphone. C’est mon seul objectif régulier, un objectif réaliste, car il y a peu de chance que mes gribouillages finissent un jour exposés dans un musée. Et ça tombe bien car ce n’est pas le projet.

Carnet de croquis intime

Tout le monde sait ce qu’est un journal intime. À son image, rien ne nous oblige à partager le contenu de nos carnets de croquis avec le reste du monde. C’est votre espace privé d’expression, d’exploration et de lâcher prise. Dessinez ce qui vous passe par la tête, des formes psychédéliques, des nus, du kawaii… Croquez le quotidien, le banal ou imaginez des explosions, des fleurs d’un autre monde… Peu importe. Exprimez votre colère en remplissant des pages entières de ratures si cela vous fait du bien. Ajoutez des annotations, des ressentis, des haïkus, des jeux de mots qui ne font rire que vous. Troublez la frontière entre journal intime et carnet de croquis. Faites dialoguer les traits et les mots. Tout cela n’appartient qu’à vous, loin des regards et des jugements des autres.

Les bienfaits du gribouillage

D’après plusieurs recherches, le gribouillage a plusieurs effets bénéfiques sur notre cerveau et son fonctionnement. Tout d’abord pour la mémorisation, ce n’est pas un hasard si certains de vos collègues dessinent pendant des réunions ou des présentations, mais si c’est une habitude un peu automatique. Prendre du temps pour dessiner aiderait également à améliorer ses capacités de concentration. Dessiner peut aussi permettre d’exprimer ce que nous avons des difficultés à formuler. Il me semble important ici de mentionner que la pratique du gribouillage, même régulière, n’est pas l’équivalent d’une thérapie avec un ou une professionnelle. Plus important encore : n’attendez pas forcément une période de moins bien pour commencer à dessiner, que ce soit dans un carnet de croquis, des feuilles volantes ou des post-its.

Vous l'aurez donc compris, pas besoin de savoir "dessiner" pour bénéficier des bienfaits associés, et surtout prendre du plaisir à gribouiller.