Génération zapping, à la source d'Ancre

Génération zapping, à la source d'Ancre - Ancre

Génération zapping, ou génération kleenex, qui prend et qui jette, expression de notre mode de fonctionnement, ou plutôt de consommation. Génération zapping donc, du nom de cette façon de regarder la télévision qui consiste à régulièrement changer de chaîne à la recherche, ou non, d’un programme sur lequel s’arrêter.

Le Zapping, c’était aussi le nom d’un programme court qui avait éditorialisé cette pratique avec impertinence et humour sur une chaîne payante, et qui peut maintenant être Vu sur une chaîne publique.

La pratique du zapping

Ce programme mis à part, le zapping est souvent perçu comme une pratique négative, symbole d’une génération qui croule sous tellement de choix qu’elle ne peut pas regarder plus de quelques minutes d’un programme avant d’aller voir s'il y a mieux sur une autre chaîne. Cycle infernal qui se répète ad nauseam.

J’ai bien écrit “quelques minutes”, aujourd’hui cela semble être une éternité. En effet, la génération zapping n’était pas un cas à part, elle était annonciatrice des prochaines générations et d’un futur que nous vivons avec Instagram, TikTok, Snapchat… Et si vous aviez du mal à trouver un programme à la télévision, trouver un film ou une série à regarder sur Netflix, Disney+ ou autre service, peut s’avérer autant, si ce n’est plus ardu et chronophage.

Une touche de nuance

Moment nuance : je sais bien que de nombreuses personnes se calent encore confortablement pour regarder des programmes à la télévision, et que d’autres utilisent les réseaux sociaux pour se former à la couture, à la sculpture sur bois, à l'amélioration de leur productivité… De la même façon, sur YouTube ou Twitch, il y a du contenu qui dure plus dizaine minutes, voire plus d’une heure parfois. Tout n’est pas tout blanc ou tout noir.

Addiction à la dopamine

Revenons donc à nos moutons : cette habitude de consommation s’est ancrée en nous. Elle est devenue physique. Nos muscles connaissent parcœur les mouvements pour arriver à ce zapping infini. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai sorti mon téléphone dans l’intention de regarder l’heure, et à la place j’ouvre mécaniquement l’application pour voir les dernières nouvelles. Shoot express de dopamine satisfait. C’est devenu un automatisme. Il m’arrive même de ne plus me souvenir pourquoi j’ai sorti mon téléphone et de le ranger sans avoir regardé l’heure.

Si je parle des actualités, que je regarde sur les applications ou sites officiels des différents médias que je suis, et non des réseaux sociaux, c’est intentionnel, car ce raccourcissement du temps n’est plus l’apanage exclusif du contenu visuel.

D'hier

Enfant/préadolescent, quand je ne connaissais pas un mot ou que je cherchais une information, je consultais le dictionnaire ou une encyclopédie, je demandais à un adulte, j’achetais/empruntais des magazines ou des livres sur le sujet : reconnaître les arbres, écrire une pièce de théâtre, dessiner le style manga…

Puis internet est arrivé avec le premier ordinateur familial. Il y a eu l’époque Encarta et les premiers moteurs de recherche. Il y avait encore du temps de recherche pour trouver une information, prendre connaissance d’une actualité ou connaître un sujet (je dis bien connaître, car pour de nombreuses compétences, rien n’a encore remplacé la pratique).

À aujourd'hui

Aujourd’hui, tout est en accès rapide, pré-mâché. Le premier exemple qui me vient à l’esprit, c’est celui de la RTS, qui en haut de chaque article à une fenêtre dépliante intitulée : “Résumé de l’article”. Honnêtement, je ne me souviens plus de la dernière fois que j’ai lu un article complet sur leur site/application. Heureusement, Le Monde n’a pas encore adopté cette pratique, et je m’efforce de lire les articles qui m’intéressent en entier. Je sens que cela me demande un effort plus grand que celui que je fournissais avant.

L’intelligence artificielle change aussi la donne. De ChatGPT à Gemini, toute question trouve sa réponse (plus ou moins exacte et pertinente) quasi-immédiatement, et cela aussi bien pour les questions factuelles que existentielles. Certaines réponses ou apprentissages nécessitent encore du temps long, mais il est de plus en plus difficile de le prendre. La patience se perd.

Quand j’écris ce billet, je ne peux m’empêcher, instinctivement, de jeter un coup d’oeil rapide à intervalle régulier à mon téléphone. Intervalle que j’essaie d’espacer de plus en plus. L’objectif n’est pas chiffré mais il est là. Tout comme le défi auto-lancé régulièrement de faire le trajet Vevey-Lausanne en train sans regarder mon téléphone. C’est peu, mais c’est un début. Et aussi comme ça que naissent les idées